La boite de mouchoirs

J’ai commencé une analyse.

Lors du premier rendez-vous je ne savais pas par ou commencer tant ce que j’ai vécu pendant l’enfance dépasse la fiction.

Jamais je n’ai vu un film aussi violent, un film ressemblant à ce que j’ai vécu pendant mon enfance.

Je pense même que ce film serait censuré.

Certainement.

J’ai éclaté en sanglot avant de pouvoir dire une phrase.

Alors la main du psy m’a tendu une boite de mouchoirs.

Ce geste réconfortant m’a permis de commencer mon récit.

Ce qu’il m’a dit m’a donné un peu d’espoir.

L’espoir de vivre MA vie, celle que j’avais prévue lorsque j’avais vingt ans et qui me semble aujourd’hui la seule digne d’être vécue.

Lorsque je suis revenue chez lui trois semaines plus tard, gonflée à bloc, après une semaine de vacances, j’ai à peine commencé ma phrase, que j’ai éclaté en sanglots.

Mon comportement m’a étonné et puis je me suis dis que dans ce bureau j’étais dans le sas de mon l’inconscient et dans mon inconscient, il y a de très grosses blessures.

Dû à des violences psychiques.

‘ Tu ne seras jamais quelqu’un de bien” tu ne fais rien, tu ne sais rien faire, tu n’es bonne à rien”

Même si je sais que c’est faux.

Même si j’ai sous mes yeux noir sur blanc tout ce que je sais faire et que d’autres ne peuvent pas faire.

Chacun sa place, chacun son destin.

Alors il m’a tendu la boite de mouchoirs.

Qui était presque vide.

J’ai évalué qu’entre mon premier et second rendez-vous d’autres patients s’étaient, comme moi, répandus en larmes.

Et puis il a fallu que je parle de mes parents.

J’ai pensé que je n’y arriverais jamais.

J’ai eu peur qu’il pense que j’invente certaines scènes que j’ai vécu durant l’enfance et l’adolescence.

Pourtant ces choses qui se sont déroulées, j’ai pu en parler parfois facilement avec d’autres personnes, pas de tout certes, oh là là non! mais face au psy, j’ai pu enfin TOUT dire.

En sortant je me suis sentie légère, légère!  Ce que m’a dit mon psy m’a conforté et réconforté.

Je me suis dis que tout le mal que ma mère m’avait fait ne m’empêcherait PLUS de déployer mes ailes.

Les jours qui ont suivi furent heureux, positifs, mais lorsque je me suis retrouvée un mois plus tard face à mon psy, assise sur une chaise Lord YO de Starck, ma voix s’est encore étranglée de sanglots et ça me faisait très mal.

La vache.

C’est normal, je secoue mon inconscient.

Je ne vais plus le laisser tranquille.

Lorsque je lui ai dit quelle place ma grand-mère m’avait accordé dans la phatrie, j’ai pleuré longuement.

Pourtant elle ne m’avait dit pas grand chose, juste que je ne comptais pas et que dans sa famille, je n’étais qu’une pièce rapportée.

Le mal que l’on m’a fait, je ne le spécule plus en empruntant des voix tortueuses, en pensant que les choses vont s’arranger d’elles mêmes ou que je dois passer l’éponge.

Je dois affronter le mal par les mots.

Je ne dois plus dire que ça va, si ça ne va pas. Je ne dois pas vivre la vie que l’on a voulu que je mène.

Je ne dois plus perdre du temps.

Un jour en promenant sur la plage je me suis surprise à me dire que ma vie était un cercueil.

Pourtant tout semblait confortable et limpide.

Ce jour là je m’en suis voulue d’avoir pensé cela.

Mes ailes engluées par les paroles de ceux qui m’ont blessé sont parfois lourdes à porter, parfois je suis sidérée du mal que des adultes peuvent faire à des enfants.

Sous mes larmes, mes ailes vont bientôt être propres et me faire aller vers ceux qui sauront m’apprécier vraiment. Qui accepteront mes doutes et mes peurs parce qu’ils auront su accepter les leurs.

Mon psy m’a dit que j’arriverais à vivre la vie que je mérite.

Je n’aurais plus besoin qu’il me tende sa boite de mouchoirs.

Pour l’instant j’ai encore du mal à imaginer ce jour là.

Parce qu’il va falloir aussi que je parle de mon père.

Sans faire de concession, parce que la petite fille que j’étais, s’était fabriquée l’image favorable d’un père.

12 thoughts on “La boite de mouchoirs

  1. Texte émouvant. J’ai suivi une analyse il y a quelques année et j’ai pu mettre les mots sur mes douleurs.
    J’ai pu enfin me réaliser. J’ai changé de métier et j’ai épousé ma seconde femme qui m’a donné une jolie petite fille.
    Très certainement les mots vont vous aider à vivre votre vie. Tout sera plus cohérent et si un jour il vous a semblé que votre vie était un cercueil c’est sans doute que le mal qu’il vous a été fait donne parfois une dimension morbide à votre vécu. Mais ce que je constate c’est que votre blog comme son titre l’indique est plein de vie.

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    1. C’est sûr que j’aime la vie mais pour aller plus loin je me suis dis que ça valait sans doute le coup que j’essaie une analyse. Mais ce qui est troublant ce sont ces larmes. En même temps je me dis que c’est parce que je suis entre bonne main.

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  2. J’ai envie de prendre rendez-vous mais j’ai peur de tout raconter. En lisant ton article je me dis que moi aussi il faut que je me lance.
    Il me semble que si ça provoque un torrent de larmes c’est que l’on est sur le bon chemin. Il y a ceux qui croient tout détenir et puis on se rend bien compte que quelque chose ne va pas. Longtemps j’ai été de ceux là mais j’ai envie que ça change.

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  3. :-)
    la route est longue… mais belle… vers sa propre vie…
    belle continuation sur ce chemin émouvant, difficile, liberateur…
    {ton texte est vraiment très beau}

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    1. Je suis passée sur ton blog l’autre jour et j’ai lu plusieurs articles. Je me suis dis que je n’étais pas la seule à souffrir d’une famille qui ne valait plus que l’on s’y attarde.

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    1. Entre le moment ou j’ai pris rendez-vous et la veille du rendez-vous je n’avais plus vraiment envie d’entreprendre cette analyse. Mais je me suis dis que j’étais peut-être lâche.
      Alors j’y suis allée. Ce qui est amusant c’est que je ne prends pas de mouchoirs je compte sur la boite mise à disposition.
      Mais si un jour il n’y en avait plus?

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  4. Faire une analyse demande du courage parce que l’on va affronter ce qui nous a mis sur la mauvaise route. On ne veut plus accepter de tourner en rond.
    On ne veut plus accepter l’inacceptable.
    Je suis certaine que vous êtes sur la bonne voie, sinon vos séances ne seraient pas si libératrices. Pleurez et vous irez davantage vers ceux qui vous aiment vraiment plutôt que vers ceux qui cherchent à vous détruire.

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    1. Je sais déjà vers qui je ne dois plus penser, ni aller. J’attends le meilleur maintenant. Ce qui est intéressant c’est le nom que met le praticien sur les névroses de ceux qui m’ont fait du mal. Et là ça fait flipper :)

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  5. En lisant ton article je me suis décidée à prendre rendez-vous. J’ai tant de choses à dire moi aussi.
    Merci pour ce beau témoignage.

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