Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil.

Emilie créée par Domitille de Pressensé.

(J’ai illustré cet article de dessin tirés du dessin animé Emilie, dessin animé que j’aimais bien dans les années 80. J’aimais bien le générique aussi)

Mars est un mois ingrat.

Il fait gris, il y a du vent, des giboulées, parfois il fait très froid.

Il y a un peu plus de dix ans, ma vie avait changé en l’espace de quelques jours parce que j’avais envoyé une candidature spontanée à un voyagiste.

Dix jours plus tard  je signais un contrat et je partais la semaine suivante dans un pays que je ne connaissais pas.

La veille de mon départ, un samedi, je dînais toute seule chez moi.

Je n’avais qu’une vague idée de ce qui m’attendait. A l’époque, Internet n’avait rien à voir avec ce que l’on connaît aujourd’hui. Et je n’allais pas pouvoir utiliser mon téléphone mobile.

là bas il n’y avait pas de réseau Bouygues.

Emilie créée par Domitille de Pressensé.

Le jour de mon départ, il faisait très très froid. Il faisait gris. Je n’avais aucune appréhension, mais j’avais emmené avec moi deux amis.

Deux ours en peluche.

J’ai donné un chèque à un ami, pour le prix de l’essence, et on a filé sur la route vers l’aéroport qui se trouve à 180 kilomètres de mon domicile.

Seule, j’ai fait les cent pas dans le hall de l’aéroport en attendant l’embarquement.

C’était long.

Faisait froid.

Ceux qui prenaient le même vol que moi, partaient en vacances.

Moi pas.

Et puis je suis arrivée là bas.

Un souffle chaud m’a pris dans ses bras.

Ma petite voix intérieure qui me parle depuis ma naissance et qui le fera jusqu’à mon dernier souffle à dû me dire que tout allait bien se passer.

Lorsque j’ai ouvert les fenêtres de ma chambre sur une mer paisible, j’ai pensé à  celle, qui la veille de son départ, un samedi soir était toute seule devant son yaourt.

Le lundi entre chien et loup et en compagnie de gens que je ne connaissais pas, je montais à cheval pour parcourir les quelques kilomètres d’une longue plage.

Je n’avais plus froid.

Je n’étais plus seule.

Là bas, ce n’était pas toujours facile. Parce que je venais d’ailleurs, mais aujourd’hui, il m’arrive de penser aux gars qui bossaient sur la plage et qui rêvaient d’un monde meilleur, c’est à dire du monde d’où je venais.

Ils pensaient que là bas tout serait plus facile.

Ils ne connaissaient ni le froid, ni les giboulées, ni l’indifférence, ni les exigences, ni l’espoir qui naît aussi dans le coeur de ceux qui vivent dans les pays riches…

Je pense surtout à celui qui chantait si souvent, d’un air cynique, la très belle chanson de Charles Aznavour “Emmenez moi au pays des merveilles, il me semble que la misère serait moins pénible au soleil”

J’espère pour lui qu’il est resté là bas.

Avec sa famille.

Avec ses amis.

9 thoughts on “Il me semble que la misère serait moins pénible au soleil.

  1. Il me semble que tu n’avais pas d’amis. C’est quoi cette histoire de chèque. Je pense que ceux qui vivent là bas ont en effet intérêt à cultiver leur terre plutôt que de venir chez nous ou finalement l’indifférence est souvent de mise.
    Blog sympa.

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  2. j’aime cette (ton) approche particulière… j’espère aussi pr lui qu’il est resté au soleil, près de ses amis et famille parce que notre monde “moderne” est finalement dénué de cet essentiel là…

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  3. J’aime beaucoup ton billet très tendre et très humain. Au fond, dans certains pays il manque de tout, leurs placards sont vides. Chez nous, nos placards sont pleins mais de plus en plus souvent nos coeurs sont trop vides…
    Et moi aussi, j’aime bcp tes illustrations

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