De la vie heureuse.

ILLUSTRATION

Pendant cinq mois, j’ai eu un espoir, celui de venir à bout d’allergies qui me pourrissent la vie. Mon médecin m’a proposé de voir les choses de la vie sous un autre angle, lui même ayant fait des erreurs pendant pas mal d’années.

En le regardant dessiner pour m’expliquer ce qu’il sait de la vie, j’avais moi aussi, envie de saisir un crayon, pour y dessiner quelques lignes, des lignes qui rejoindraient les siennes.

J’ai compris qu’il vaut mieux donner sans rien attendre en retour, même si enfant je n’ai RIEN eu.

Il y a un an après une nuit d’effroi, j’ai eu l’impression de recevoir un message, un message me disant que l’humanité, mes proches, moi, faisions fausse route. Mais alors comment vivre dans ce monde tel qu’il est?

Vivre comme tout le monde et subir?

Le quitter en buvant un excellent vin rouge, en écoutant Frank Sinatra jusqu’au dernier soupir?

Partir pour vivre autrement et pouvoir enfin respirer, dormir et sentir comme les autres?

Cet hiver, j’ai passé en boucle Art de Yasmina Reza avec Fabrice Luchini, Pierre Vaneck et Pierre Arditi. Dans cette pièce Fabrice Luchini recommande à son ami de lire  De la vie heureuse de Sénèque.

Je m’étonne de ne pas l’avoir lu, lorsque j’étudiais l’histoire antique. Mais à cette époque si je l’avais lu, je ne l’aurais pas compris. Je n’avais pas assez souffert, pas assez vécu de trahisons.

Je n’avais que des illusions.

Les plus grandes.

Je ne savais pas encore que c’est, dans sa propre famille, que la haine et la destruction peuvent parfois atteindre le paroxysme.

Pour guérir plus ou moins, mon médecin a ajouté qu’il faudrait m’isoler dans le désert de Gobi. Loin de la pollution, des aliments poisons, du stress, de l’ennui, de la compétitivité, de l’inutilité, de la peur.

Pour le reste, ce que j’ai vécu, malheureusement je ne pourrais jamais l’oublier.

« Tout ce que j’ai fait jusqu’ici, j’aimerais mieux ne l’avoir point fait; quand je me rappelle tout ce que j’ai dit, je porte envie aux êtres muets, tous les vœux que j’ai formés sont à mes yeux des imprécations d’ennemis; tout ce que j’ai craint, ô dieux! m’eût valu mieux mille fois que ce que j’ai désiré! J’ai eu des inimitiés avec bien des hommes; puis de là guerre je suis revenu à la paix, s’il est une paix possible entre méchants, et je n’ai pu encore rentrer en grâce avec moi-même. Je me suis consumé en efforts pour me tirer des rangs du vulgaire, pour me signaler par quelque mérite : qu’ai-je obtenu, que de m’exposer aux traits de la malveillance, que d’indiquer où l’on me pouvait mordre? » Ces hommes que tu vois préconiser l’éloquence, courtiser la fortune, adorer le crédit, exalter le pouvoir, sont tous des ennemis ou, ce qui revient au même, peuvent le devenir. Tout ce grand nombre d’admirateurs n’est qu’un grand nombre d’envieux.

  Pourquoi ne pas chercher plutôt un bien qui profite, qui se sente, non un bien de parade? Ces choses qui font spectacle, qui arrêtent la foule, que l’on se montre avec ébahissement, brillantes à l’extérieur, ne sont au fond que misères. Je veux un bonheur qui ne soit pas pour les yeux, je le veux substantiel, partout identique à lui-même, et que la partie la plus cachée en soit la plus belle ; voilà le trésor à exhumer. Il n’est pas loin ; on peut le trouver : il ne faut que savoir où porter la main. Mais nous passons à côté, comme dans les ténèbres, nous heurtant même contre l’objet désiré.De la vie heureuse. Sénèque.

LA VIE HEUREUSE SENEQUE

2 thoughts on “De la vie heureuse.

  1. Lorsqu’on prend conscience de l’horreur absolue, c’est terrifiant!!! Au point de croire qu’il sera impossible de se relever d’un tel cataclysme.
    Et pourtant ce fut le début de la guérison: pas la guérison miraculeuse du Pays des Merveilles mais celle qui se fait pas à pas, avec parfois des rechutes, des régressions, des tâtonnements, des fausses pistes qui permettent, mine de rien, de grandir.
    C’était il y a 4 ans…
    Sénèque? Eh bien je n’y aurais pas pensé… Tant j’use mon antique exemplaire des Pensées de Marc Aurèle.
    :)))))

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  2. Je viens de lire quelques citations de Marc Aurèle et j’ai bien envie de poursuivre:) Finalement on vit dans une époque qui n’a pas de sagesse. Il y a les chasseurs et les pigeons. Je crois me souvenir que tu avais eu un accident il y a quelques années. Je tatonne, mais ce qui me sidère c’est le comportement de certains médecins qui ne se tiennent pas au courant. Je me suis rendue compte de la formidable chaine de solidarité entre les internautes pour essayer de résoudre des problèmes de santé. Souvent le médecin est là pour faire une ordonnance de médicaments hostiles pour la santé et il attend son chèque en échange. Quant au pharmacien il est souvent interloqué par la prescription. Merci pour ton commentaire.

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