Je ne pouvais pas vous sentir.

poireaux vinaigrette

L’autre jour, j’ai relaté mon malaise, malaise salutaire puisque j’ai repris mon traitement.

Depuis, mes souffrances physiques ont totalement disparues. Adieu les tendinites à répétition qui n’empêchaient de vivre comme tout le monde.

Adieu l’insuffisance respiratoire qui me faisait dérouiller nuit et jour.

Jour et nuit.

Et puis j’ai aussi retrouvé l’odorat après 390 jours de prison olfactive.

Bon je ne vais pas m’étendre sur le comment on peut vivre sans odorat, parce qu’il n’y a que ceux qui connaissent cet handicap qui sont capables de le comprendre.

Non, ça n’a rien à voir avec un gros rhume.

Donc la dernière fois que j’avais eu (brièvement) l’odorat en 2014, c’était en sortant d’une pièce de théâtre sur la péniche La Nouvelle Seine, qui se situe au pied de Notre Dame.

De Paris, oui.

Sur les quais, je vous sentais tous.

Très fort.

J’avais bu de la cortisone toute la journée, j’avais arrêté ma troisième détox parce que j’en avais vraiment marre de souffrir.

Ce soir là j’aurais pu faire l’amour avec tout le monde ( vieux, jeunes, hommes, femmes, enfants) tout simplement parce que vous sentiez bon.

Et puis le lendemain, j’ai encore perdu l’odorat, le traitement n’étant pas approprié. J’ai décidé de commencer ma quatrième détox.

J’ai tenu 390 jours.

C’est long.

Je me savais persévérante, mais pas autant.

Certes je pouvais à tout moment retrouver l’odorat en reprenant de la cortisone, mais je voulais, justement, ne plus être dépendante du médicament et permettre à mon organisme de se défendre seul.

Mais il ne peut pas.

Bien sûr, j’aurais tant aimé retrouver ce sens naturellement.

Un matin, dans mon lit.

Alors j’aurais enfouie ma tête dans mon oreiller et j’aurais pleuré à chaudes larmes.

Parce que j’aurais ENFIN réussi.

J’aurais pu aussi donner de l’espoir aux autres qui sont comme moi. Sur Facebook j’étais dans un groupe qui a le même problème immunitaire et ça m’a beaucoup aidé psychologiquement.

L’odorat est donc revenu avec un traitement que j’avais mis en place il y a quelques années.

Il est revenu petit à petit.

Je l’ai retrouvé pendant le petit déjeuner. Le goût du Bifidus vanille je ne savais plus ce que c’était.

Du chocolat non plus. Pendant plus d’un an le chocolat c’était croquant/sucré/mou/crémeux.

C’est tout.

J’écoutais Double Six ce matin là, et ça tombait bien parce que c’est l’un de mes CD préféré, l’un de mes CD de vie comme je dis.

Double Six c’est du jazz vocal déjanté, du jazz des années 60.

Et puis j’ai perdu à nouveau l’odorat pendant quelques jours.

Lorsque c’est revenu j’ai eu du mal à me nourrir parce que même quelques tranches de concombre, je trouvais que c’était vachement  fort.

Je ne parle pas des sardines à l’huile!

Pendant quelques jours, j’ai mangé anarchiquement et très peu.

Je n’avais plus faim.

Finalement je n’ai plus mangé pendant deux jours.

J’avais perdu mes repères puisque je n’avais plus besoin de faire appel à mon imagination.

Pendant les 390 jours de prison olfactive, j’ai dû imaginer le goût de tous les aliments. J’ai toujours préparé des plats sympa, colorés, de beaux gâteaux dont je ne connais pas encore le goût.

Il fallait que je prenne soin de moi, toute seule.

Une amitié s’est construite à partir de la recette d’un carrot cake, gâteau dont je ne connais pas encore le goût.

En début de semaine j’ai décidé d’acheter comme d’habitude, tous les aliments que j’avais l’habitude d’imaginer depuis plus d’un an.

Sinon dans les rayons du supermarché je suis perdue.

Je ne sais plus aller vers d’autres aliments.

Sur le parking, j’ai déchiré le filet d’orange et j’en ai mangé une, face à la rivière. Des oranges j’en ai mangé tous les jours mais je ne sentais pas leur parfum.

Ces jours ci ,je suis très attirée par les aliments parfumés à la fraise. Avant je m’attachais aux aliments acides et amers puisque j’étais capable de détecter ces goûts là.

On se moque de moi, en ce moment parce que je ne bois que diabolo fraise, lorsque je sors.

Je passerai bien au spritz dans quelques jours. Désormais je peux boire un peu d’alcool sans avoir un sentiment d’étouffement quelques secondes plus tard. En même temps il ne m’est pas conseillé d’en boire à volonté.

Spritz

J’ai aussi commencé à sentir le parfum des autres. En ce moment j’aime rencontrer quelqu’un et lui dire bonjour parce qu’il sent bon. Et ça tombe bien parce que je le rencontre presque tous les jours.

Sans odorat, je n’aimais pas que l’on s’approche trop près de moi. Je croisais souvent les bras et je mettais aussi un pied en avant pour protéger mon espace intime.

Ne pas pouvoir sentir l’autre ce n’était pas rassurant.

L’anosmie est très pénible à vivre. Ceux qui ne peuvent plus jamais retrouver l’odorat font de graves dépressions. Certains mettent fin à leurs jours s’il leur est impossible de récupérer l’odorat d’une façon ou d’une autre. Certes on va tous le perdre en vieillissant. Une personne de 75 ans a au moins perdu 70% de ses capacités olfactives, mais cela s’est produit petit à petit. Lorsque la perte olfactive survient du jour au lendemain c’est plus difficile à gérer, on ne comprend pas tout de suite ce qui se passe et un médecin ne peut pas comprendre cette souffrance là, déjà qu’il n’arrive pas à faire la relation avec les allergies et la perte d’odorat. C’est dire…

Je n’ai donc pas réussi lors de cette expérience à trouver un comportement, un remède naturel, pour vivre sans cortisone, mais il y a quelques jours j’ai rencontré deux personnes que je connais un peu et j’ai appris que l’un deux n’avait plus d’odorat. Comme il présente les même symptômes que moi, j’ai pu l’orienter pour que dans quelques jours, avec un traitement approprié, il puisse enfin sentir la vie.

A ce jour j’ai donc redécouvert l’odeur de l’été:

L’odeur de la pluie sur le trottoir encore tiède.

L’odeur de la crème solaire de mon voisin de plage.

L’odeur de mon nettoyant ménager bio à l’amande ( ça sent la colle Cléopâtre)

L’odeur du sable mêlé à la vase et qui me rappelle mes premières journées de plage lorsque j’étais enfant.

L’odeur des deux parfums que je me suis achetée cet hiver et que je ne connaissais pas.

L’odeur de ma cage d’escalier qui m’a toujours évoqué la compote de pommes.

L’odeur de la menthe que je fais pousser dans mon jardin.

L’odeur de l’essence, lorsque je traverse une route de campagne.

L’odeur de Satine, ma jolie jument.

Et l’odeur de l’écorce de melon qui pourrie dans la poubelle.

 

2 thoughts on “Je ne pouvais pas vous sentir.

  1. Tu as eu une force immense de tenir 390 jours. Heureuse de te sentir en bonne voie de libération et enfin soulagée de ces tendinites. ☀️
    Il m’arrive de reprendre de la cortisone sans colère grâce à l’aide d’un médecin compétent, à l’écoute et honnête. Autant bien vivre et ça m’est devenu possible, même avec 5 maladies chroniques.
    Bonne journée 🌈

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    1. Si on m’avait dit qu’il faudrait tenir un an, pour rien ou pas, je n’aurais pas tenté l’expérience. Je ne m’en serais pas sentie capable. Il m’aurait fallu avoir la certitude du succès. Mais lorsque l’on a dérouillé il est difficile de tout arrêter. Un moi, cinq mois, huit mois… tout ça pour rien. Aujourd’hui tout va bien. L’article rédigé permet de tirer un trait. Tirer un trait aussi sur ceux qui ont cru que je faisais semblant, que c’était de la comédie.

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