Bruit de fond.

fenêtre sur la nature

 

Pendant mon enfance, j’ai dû supporter un bruit de fond permanent, mon père était accro aux médias.

A huit ans, je connaissais pas mal de choses sur la politique internationale. Je pouvais énumérer les noms des principaux chefs d’états et j’écoutais attentivement les commentaires de mon père concernant la guerre au Moyen Orient. A table j’avais le droit à des cours de géographie.

Forcément je devais regarder les films les plus abominables sur la Shoah.

Du coup, je ne peux pas voir un vêtement à rayures verticales de plus de quatre millimètres, sans penser que ce vêtement est politiquement incorrect.

Les disputes parentales (très violentes) le conflit israelo palestinien expliqué par mon père, la variété française… Je comprends mieux pourquoi, dès l’âge de sept ans, j’avais le visage crépité d’acné.

Lorsqu’à dix huit ans, j’ai eu mon premier chez moi, je ne possédais rien. Je vivais dans le silence ou presque. A marée haute:  Le bruit des vagues. A marée basse: Le silence de la mer.

What else?

Ces premiers mois d’indépendance furent une délivrance. J’allais faire mes courses en longeant la plage et je ressentais un réel soulagement.

Insensiblement, j’ai introduit les médias chez moi. Comme mon père, mais en pire, puisqu’il n’écoutait pas France Info. J’écoutais l’info en boucle pendant des heures tout en étudiant. J’en ai suivi des conflits internationaux, des alertes à la vache folle, des affaires de pédophilie, des coups bas en politique ET du conflit israelo palestinien à l’en veux-tu l’en voilà! C’est à cette époque que j’ai appris l’hébreu alors que je ne suis pas de confession juive.

Même si à un moment donné, j’ai limité mes connections à l’info, il y a toujours eu un bruit de fond chez moi. Toujours un petit air de jazz. Parfois deux à trois bruits de fond parce que connectée à trois sources d’info différentes. Par période, j’ai aussi beaucoup écouté de musique avec des écouteurs. J’ai beaucoup dansé. Deux à trois heures par jour.

Parfois plus.

Et puis cet hiver, il y a eu un problème de connection. Plus de bruit de fond.

Le vide.

Je me suis rendu compte que je comblais quelque chose avec de l’info. Comme mon père, je comblais mes peurs fondamentales. J’ai commencé à dresser une liste de mes peurs de la petite enfance à nos jours, mais j’ai dû arrêter parce que la liste était trop longue. Je m’en suis tenue à mes peurs fondamentales plus ou moins récentes. Sans doute pas plus nombreuses que n’importe qui, mais jamais affrontées. Parler avec les autres ne sert à rien. Réfléchir en solitude, si. Mes peurs me faisaient honte. Vouloir dépasser ma honte, c’était beaucoup me demander.

Au début, je me suis imposée une heure de silence par jour. C’était très inconfortable. Très vite, je me suis aperçue que mes peurs pouvaient me permettre de me dépasser. Je me suis dit que je n’avais pas à prendre en charge, d’une façon ou d’une autre, toute la psychose du monde, toute sa  misère. Tout finirait probablement mal, mais en attendant, si je m’occupais de moi?

Un mois plus tard, j’étais capable de vivre quelques heures par jour, sans info. Même le matin au petit déjeuner.

Aujourd’hui je reste des heures dans le silence.

Dans le silence ( ma nouvelle richesse) je suis bien plus productive. Je trouve plus rapidement des solutions à tous les petits problèmes de le vie quotidienne. Je suis plus réaliste sur mes peurs et leurs enjeux. Je n’ai plus envie de voir des gens qui ne m’apportent  rien. Je ne rêve plus ma vie en dansant pendant des heures. Je lis davantage. J’écris plus facilement.

J’envisage de partir, je ne sais pas, dans le sud marocain? sans wifi, pendant les élections  présidentielles de 2017. Oui, loin des émeutes et des manipulations, afin de ne pas être éclaboussée par cette crasse médiatique qui s’infiltre partout. L’info est perverse. Elle est scénarisée comme une série TV dans le but de nous rendre accro.

10 thoughts on “Bruit de fond.

  1. Bien, d’avoir retrouvé le silence et ses richesses de production ! De mon côté, j’ai souvent du jazz en fond sonore, plutôt bas… mais je m’impose aussi, comme toi, des périodes de silence, pour méditer, réfléchir, essayer de créer… Je finis aussi par exécrer les infos subies à la télé (que je n’écoute plus), je préfère lire les journaux quand j’en ai envie, et je choisis les sujets qui m’intéressent bien sûr ! Ne pas subir, telle est ma devise !!!

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    1. Ah oui? quoi comme jazz?
      J’écoute, mais pas en ce moment, parce que je n’ai pas beaucoup de temps de me rendre dans mon bureau, Radio Swiss Jazz et il n’y a pas de pub. Sinon j’écoute sur Spotify de la Samba. J’ai fait toute la réno de ma chambre en écoutant Jazz Samba( Stan Getz) A un moment donné je me suis intéressée à la méditation mais tu penses, je n’en étais pas capable. Ne pas subir, voilà tout est dit!

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  2. Le silence me régénère, mais il aura fallu pour que je l’apprécie à sa juste et grande valeur que mon corps dise haut et fort au stop au boucan d’enfer de jour comme de nuit… Le sevrage tout comme la rééducation finit par porter ses fruits.
    Ton billet m’a remuée, car…
    Du plus loin que je me rappelle, j’avais le droit et le devoir de regarder la télévision dès qu’il était question de la Shoah ou d’Israël.
    Mon père était en Allemagne au moment de l’Horreur et a survécu. Mais il n’en parlait pas, ou peu, avec des versions différentes.
    D’ailleurs je suis née là-bas et y ai vécu quelques années, élevée par ma mère, ma Dame de Berlin et ma grand-mère italienne et je mélangeais les 3 langues selon à qui j’avais affaire.
    J’espère ne pas avoir trop digressé…

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    1. Il a survécu? Et bien… Je ne sais pas si tu as lu Seul à Berlin? De Hans Fallada? c’est la vie à Berlin mais celles des allemands qui eux aussi doivent survivre d’une façon ou d’une autre. Juste avant la création de mon blog, j’étais accro à toute la littérature sur la question de la Shoah. J’ai dû capituler après avoir lu, Si c’est un homme de Primo Levi. C’est insoutenable. Je pense que cet intérêt, me permettait de tenir le coup face à l’intolérable que j’avais vécu pendant mon enfance. J’aime bien la Dame de Berlin et j’imagine que tu aurais beaucoup de choses à raconter.

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  3. J’ai aimé ton histoire très touchante. Chez nous il n’y avait pas la télé, alors on ne savait rien. Quand je me suis retrouvée à vivre mon indépendance, j’ai acheté une télé, c’était mon premier gros achat:(

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    1. Merci! Je te comprends parce que lorsque mes parents ont divorcé nous n’avions plus la télé. Tu penses. Mais j’avais honte à l’école parce que je ne pouvais pas dire que j’avais vu, moi aussi, cette émission ou cette série TV qui faisaient fureur. Lorsque j’ai réintroduit une TV, je l’ai peinte en rose et je la regardais jusqu’à la fin des programmes. Un cercle infernal.

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