À la vie, à la mort.

Ce matin, il se met à pleuvoir et je me demande si je ne vais pas déclarer forfait. Après les trombes d’eau qui sont tombées les jours derniers, je n’ai plus qu’une paire de chaussures de golf sèches. Au club house, je lis sur le tableau d’informations que les obsèques de la femme d’un monsieur auprès duquel je me suis entraînée pendant tout l’hiver avaient eu lieu avant hier. Il y a quinze jours, la veille de son opération à la hanche, le monsieur m’avait donné rendez-vous début juillet. Je ne suis pas prête de le revoir et je me demande ce que je vais bien pouvoir lui dire à son retour parce que sa femme, je ne l’aimais pas. J’ai aperçu l’homme grâce à qui j’ai pu débuter au golf. Depuis, sa vie a pris une tournure bizarre et il ne joue plus avec personne. L’été, il commence son parcours très tôt. Vers les six heures du matin, je crois. J’ai tapé quelques balles d’échauffement à côté du gars à qui je ne parle plus vraiment. Depuis qu’il ne tape plus sa balle comme il voudrait, il est entré en dépression et notre amitié a pris un sacré coup dans l’aile. Sur le départ, je suis en avance. J’attends mes partenaires, un gros et un type en gris avec lesquels je vais jouer une compétition sponsorisée par une manque de Champagne. Sur les quatre premiers trous, le gros, le type en gris et moi nous jouons plutôt pas mal. Sur le green du cinquième trou, le type en gris reste très longtemps devant sa balle. C’est étrange parce qu’elle ne se situe qu’à une vingtaine de centimètres du trou. Il nous dit qu’il a peur de rater son coup. Lorsque sa balle tombe dans le trou, il pousse un gros soupir de soulagement. J’ai deux points d’avance mais je fais une connerie. Je tape ma balle en direction des arbres et derrière les arbres, il y a de l’eau. Par malchance, le gros retrouve ma balle ce qui ne me permet pas de jouer ma balle provisoire. La balle est très mal placée, aussi je décide de changer de club et en retournant vers mon sac de golf, je vois que le gros est en train de pisser tout près de moi. Je rate mon coup, parce que je me dis que ce comportement c’est abusé et j’informe le type en gris que l’on joue avec un exhibitionniste. L’exhibitionniste se met à rigoler et nous dit qu’il ne pouvait pas faire autrement parce qu’il y avait d’autres joueuses derrière et qu’il ne pensait pas que je me serais retournée à ce moment-là. Sur le trou suivant, je joue en pleine puissance. Quant au type en gris il tope sa balle et la traite de pute borgne. Les joueuses qui sont derrière nous, font la gueule, parce qu’on prend tout notre temps mais  je vais devoir compter sur elles pour récupérer du matériel que j’ai perdu le parcours. Et puis les emmerdements s’enchaînent pour le type en gris qui envoie sa balle dans un arbre à gauche. Elle percute le tronc et s’en va taper dans l’arbre à l’opposé du fairway et disparaît au fond d’un talus. Le type en gris s’obstine à jouer sa balle. Une balle injouable pour une personne lucide. Plus loin, je joue stratégique mais pas pour longtemps puisque ma balle tombe dans l’eau. Pénalité !  Sur un autre trou, en voulant jouer par dessus le ruisseau, que certains appellent la rivière tant l’obstacle leur semble insurmontable, d’ailleurs souvent un plan d’eau devient un étang, ou un lac lorsque tout va de travers, ma balle tombe dans l’eau, rencontre une pierre et ressort de l’autre côté et moi je suis pliée en deux, parce que l’ai échappée belle. Je sais désormais que je peux rester dans le score si je ne fais pas trop de coups à la con mais voilà que j’envoie ma balle dans les arbres. Je crie “Putain ! Mais c’est pas le moment !” Et sur le trou d’à côté j’entends un joueur demander “Mais qu’est-ce-qui crie comme ça? ” Lorsque j’apparais derrière les arbres, ce joueur qui me connaît me dit “Ah c’est toi ?” Et je lui fais un petit coucou comme si de rien n’était. Le type en gris est pris d’un rire nerveux. Comme s’il avait pris des stupéfiants. Il ne putt plus que sur une jambe. L’exhibitionniste tombe à genoux lorsqu’il rate son dernier drive, sa balle va se loger hors limite. Le type en gris me dit qu’il n’a pas l’habitude qu’une femme joue plus loin que lui et il m’informe sur le dernier trou que ça ne peut plus durer. Il entre en compétition avec moi. Lorsque je m’apprête à taper le dernier coup, j’aperçois derrière la haie la tête du gars à qui je ne parle plus vraiment. Sa tête disparaît d’un coup lorsque j’ai fini de jouer. À cause de lui, j’ai raté mon putt et je me dis que je vais lui en vouloir à la vie à la mort. On compte nos points et l’exhibitionniste et moi on se dit que l’on s’en sort bien. On boit de la bière, du café ou du vin et ensuite je pars rejoindre une amie qui n’arrive pas à taper une balle à plus de dix mètres, tout ça parce que l’homme avec qui elle vit lui a dit ce matin qu’elle avait une sale gueule et qu’elle avait une vie de minable. Je l’écoute mais je ne lui réponds pas puisqu’elle me pose toujours les mêmes questions, de toute façon, je mange un sandwich au surimi et je ne parle jamais la bouche pleine. En quittant le terrain d’entraînement, on manque de justesse de marcher sur un oisillon tombé du nid. Je le pose sur une branche mais celui-ci retombe dans un fourré de lierre. Je le mets dans ma boite à sandwich et je me dirige vers mon prof de golf. Je lui demande s’il a des enfants. Il me répond “pourquoi” et je lui dis “Pour élever un petit oiseau.” il prend ma boîte à sandwich et s’en va au club house, peut-être que la fille qui bosse à l’accueil sera d’accord pour s’occuper de l’oiseau. En arrivant devant le club house, j’aperçois la fille qui cherche quelque chose dans la terre et je lui demande si elle a adopté l’oisillon. Elle me répond qu’elle est justement en train de chercher des vers pour qu’il ait quelque chose à manger ce soir.

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11 thoughts on “À la vie, à la mort.

  1. Que d’émotions dans tes journées de golf !!! La personnalité des différents joueurs/joueuses y est aussi pour beaucoup ! (certains ont un comportement horrible… et tu as bien fait de le traiter d’exhibitionniste !). Difficile, en effet, de jouer sereine dans ces conditions :)

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  2. C’est à mourir de rire vos histoires de golf on se croirait dans une série télévisée anglaise.(sinon vous avez écrit une manque de champagne).

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    • Merci ! Une série télévisée, vous dites ? Comme je l’écrivais sur le commentaire précédent, je pourrais en raconter parce qu’en quatre heures ils se passe beaucoup de choses et comme nous sommes tous différents, c’est riche relationnellement. J’ai écrit manque effectivement, un lapsus sans doute, parce qu’il n’y a pas beaucoup de bouteilles de champagne à gagner.

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      • Les anglais avec leur humour un peu décalé excellent dans la mise en scène de situations cocasses avec des personnages hauts en couleur souvenez vous de benny hill meme si l’exemple est un peu extreme

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  3. Disparu, mon commentaire ! Bravo pour tes anecdotes de golf, quel stress avec tous ces personnages… et quelle patience tu dois déployer pour rester concentrée sur ton jeu !!! Ton post était très plaisant à lire :)

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    • Des histoires comme celle-là et celle que j’avais raconté il y a quelques semaines, j’en ai plein ! Humainement il se passe toujours quelque chose, et souvent quelque chose de bien.

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