Ce qu’elles écrivent…

 

enveloppe

Depuis La vocation de Sophie Fontanel, j’ai lu quatre romans. Soit quatre romans en une semaine ( Bien plus à vrai dire) Depuis que j’ai posé un peu les pinceaux ( quoique) j’ai du temps.

Un journaliste a dit du dernier roman d’Isabelle Monnin Les gens dans l’enveloppe que c’était un chef d’oeuvre de la littérature. Je crois que c’est Yann Moix. Si vous suivez l’actualité, vous n’avez pas pu passer à côté de la promotion faite autour de ce livre lors de la rentrée littéraire de 2015 et si ça vous dit de lire ce roman, ne lisez rien d’autre que mon article! Parce que Les gens dans l’enveloppe c’est un roman en trois parties: Un roman construit à partir des photos que l’auteure a acheté dans une brocante pour même pas 10 €, l’enquête sur les gens qui sont sur ces photos et un CD.

Le CD je ne l’ai pas écouté, parce que je n’aime pas la chanson française.

L’imagination d’Isabelle Monnin, archéologue des seventies, est-il si éloignée de l’enquête?

Tout ce que je peux vous dire c’est que c’est passionnant et plus que ça.

Les gens dans l’enveloppe, c’est un peu nous. Nous, esquintés par notre histoire familiale, histoire que nous ne connaissons même pas. Esquintés, par ceux qui ne nous aiment pas tant que ça.

J’ai récidivé avec Sophie Fontanel en lisant L’envie. Pourquoi faut-il toujours justifier de sa sexualité vis à vis d’abrutis( ies) qui pensent queue que… Parce qu’ils ont quelqu’un. Parce qu’ils sont ou ont été mariés, ou en couple. La plupart du temps, ils se font maltraiter sous nos yeux et pire ils se doivent fidélité! Ha! ha! ha!

Je me suis sentie très concernée par ce témoignage. Si Sophie Fontanel aime les beaux habits, elle écrit aussi avec une belle élégance.

 

L’accabadora. Au fait vous savez ce que c’est qu’une accabadora? c’est une personne vêtue de noir et qui frôle les murs des villages sardes, la nuit survenue, pour se rendre au chevet de celui qui n’en peut plus. C’est aussi une belle histoire sur la filiation mère/fille surtout lorsque la mère et la fille ne le sont pas. Un beau roman de Michela Murgia.

 

Vieille France cest encore un roman écrit par une femme. Décidément. Un roman que j’ai lu pendant un après midi pluvieux. Hélène Millerand a une belle plume et ça fait du bien surtout à l’ère des réseaux sociaux. C’était ça la vie de domestique juste avant le seconde guerre mondiale? J’ai dû relire plusieurs fois quelques passages, parce que je n’y croyais pas. Bénédicte est issue de la petite noblesse versaillaise et elle a commis une faute même si ce n’est pas de sa faute. Mise à la porte par sa mère, elle  se place comme gouvernante. Déclassée, Catholique, antisémite, fille-mère, elle va affronter les évènements en prenant soin, non pas des siens qui ne l’aiment pas, mais des autres qui ont besoin d’elle. Elle pense avoir barré le cours de son existence. C’est faux, en fait.

Bonne lecture! et si vous avez des suggestions, n’hésitez pas!

 

 

 

L’histoire 80% laine 20% acrylique.

Schiaparelli - Pull Trompe l'oeil 'Cravate' -

Pull Elsa Schiaparelli. Années 20.

Je ne savais pas si j’allais passer un bon moment avec le dernier roman de Sophie Fontanel “La Vocation” Je me suis dit que je ne risquais rien, un peu comme lorsque l’on entre en cabine, pour essayer un jean dont on en a pas besoin.

Ce roman, je l’ai lu d’une traite.

Si je ne lis pas un roman d’une traite, c’est que ça n’est pas pour moi (le sujet ou le style ou les deux à la fois) La lecture ce n’est pas une séance de renforcement musculaire, ça ne doit pas passer en force. Donc, je ne fais aucun effort de lecture, et pourtant je lis beaucoup. Sur dix livres qui passent entre mes mains, j’en dévore un.

C’est en lisant “La vocation”que j’ai appris qu’Elsa Schiaparelli avait créé, dans les années 20, le premier pull over tricoté main avec un motif en trompe l’œil. Pull over qui a eu un succès immédiat via sa boutique Pour le sport, rue de la paix à Paris. Nos grand-mères qui tricotaient pour nous, des pulls avec des motifs en trompe l’oeil ( oiseau, bateau, ancre de marine…) tricotaient du Schiap et on ne le savait pas.

En fait ma grand-mère ne tricotait pas.

Le roman raconte l’intégration des grands-parents de Sophie Fontanel par les beaux habits. Sa grand-mère arménienne avait une passion pour la mode et notamment pour le magazine Vogue. A Paris, dans les années 20, elle est dentellière à domicile comme beaucoup de femmes de sa communauté. C’est en scrutant les élégantes qui se promenaient sur le boulevard Montparnasse qu’elle cherche à avoir de la distinction en copiant leurs vêtements.

Dans “La vocation” Sophie Fontanel raconte aussi son ascension sociale qui culmine avec sa nomination au poste de directrice de la mode pour le journal Elle. Fonction qui ne lui correspond pas, même si depuis qu’elle est petite, elle voue un amour inconditionnel au style, aux beaux habits, comme sa grand-mère et sa tante Anahide. La vulgarité qui règne pendant la fashion week, les DA qui se comportent comme des morues, les directeurs financiers arrogants, tout ça ne l’intéresse pas.

Pour elle, une star, ne peut pas avoir de style puisque ses vêtements ne sont pas les siens. Les maisons de couture donne ou prête leurs créations. Dans les magazines, les actrices ne posent pas avec leurs vêtements ou alors c’est très rare. Il y a toujours un partenariat entre la personnalité, la marque et le magazine. Souvent on créé un style avant que la personne soit reconnue pour son talent. Comme pour une candidate de la Nouvelle Star. C’était d’ailleurs tout l’intérêt de l’émission Star Academy, outre l’élimination. Est-ce que la candidate allait conserver sa frange?  Est-ce que ce soir elle serait encore blonde? Est-ce qu’elle va porter un Perfecto ou une robe rouge un peu pupute? et tout ça mis en scène par un staff qui roule plus ou moins à la coke. On sait que la personnalité de l’apprentie star est fake et qu’elle ne sera jamais star. On fait semblant d’y croire le temps d’une soirée, et puis on s’en fou.

Comme on s’en fou des actrices.

J’ai passé un bel après midi en compagnie de Sophie Fontanel mais ça aurait pu se dérouler tout autrement. J’aurais pu lire, comme je le fais souvent, les dernières pages avant de lire le début du roman. Oui j’aurais pu lire les notes de l’auteur qui font suite à la 315 ème page “…Et ce n’est pas Méliné (la grand-mère de Sophie) qui a tricoté les pulls Sciaparelli mais une autre arménienne à Paris: Aroosiag Mikaelian, surnommée Mike. Elle en tricota d’abord un seul, à la demande d’Elsa Sciaparelli, puis une commande de quarante autres pulls suivit. Ainsi le livre entier, héros et anecdotes, est-il écrit à partir de faits réels mais dans une totale liberté romanesque

Oui mais moi j’ai cru que c’était Méliné qui avait vraiment participé à l’aventure d’Elsa Schiaparelli!  Sur la première de couverture d’un livre, il est écrit roman, même si la majorité des faits sont réels. Quant pourra t’on lire “auto fiction” et non pas “roman” quand c’est le cas?

J’ai été déçue, et du coup, le roman de Sophie Fontanel m’a fait cet effet, vous savez, comme lorsque l’on achète un pull sans regarder l’étiquette et que le soir en rentrant à la maison on découvre que le petit pull de laine n’est pas 100% laine, mais à 80% seulement.

Elsa Schiaparelli trompe l'oeil sweaters!

Pull Elsa Schiaparelli. Années 30.

Un amour impossible.

Retouchée avec Lumia Selfie

J’ai lu le dernier Angot, le jour de Noël. Je l’ai lu d’une traite. Si je lis un roman par petits bouts c’est que le livre n’est décidément pas pour moi.

Il était quatre heures du matin lorsque j’ai refermé Un amour impossible.

Un amour impossible c’est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et un homme mais je ne l’ai pas lu comme ça. J’ai lu Un amour impossible comme la déclaration d’amour d’une fille à sa mère.

Les années 50/60 une époque ou il n’y a rien de pire pour une jeune femme que d’être délaissée par un homme qui vous a fait un bébé. Fille-mère, dans ces années là, c’est pire que d’avoir une jambe de bois. On peut caser une fille avec une jambe de bois. Une fille avec le gosse d’un autre c’est plus difficile, ça suppose un vilain marché. Mais il lui avait bien dit “Si tu avais été riche, j’aurais sûrement réfléchi… Je ne t’épouserai pas, je te l’ai toujours dit. Et on était d’accord pour faire cet enfant”

Pierre Angot permet à Rachel Schwartz d’accéder à tout ce qu’il a de privé: son corps. Parce qu’il en tire d’énormes avantages. Mais il ne permet pas à Rachel d’accéder à sa sphère sociale. Il cloisonne, il nie et dénie.

Rachel Schwartz est belle. Elle travaille à la Sécurité Sociale mais elle perd son temps avec cet homme médiocre physiquement. Médiocre dans l’âme. Ce fils de famille qui aime la reprendre sur son langage pour bien lui faire sentir qu’entre elle et lui, un monde les sépare. Il veut lui faire croire qu’il sait mieux qu’elle.

Ah, si cette femme avait eu confiance en elle! Comme les choses auraient évolué différemment.

1959 naissance de Christine Angot dans une famille simple. Dans une famille qui sait aimer. Dans une famille sans père.

Pierre Angot épouse une allemande. Une allemande issue d’une famille fortunée. Il lui faut des proies. Une proie = une impasse. Deux proies = Un dilemme. Alors il n’en restera pas là.

Rachel est férée mais pas pour toujours parce qu’elle a mis au monde une petite fille intelligente. Elle vend sa petite maison pour aller vivre dans une tour de la ZUP. Une tour entre les courants d’air. Il faut construire une vie. Une vie avec une gamine qui travaille bien à l’école. Rachel est courageuse et elle parvient même à se faire une bonne situation.Mais Pierre Angot est toujours plus ou moins dans sa vie. Il ne lâche rien. Il propose (quand il peut et surtout quand il veut) de tendres retrouvailles  le week-end ou pendant les grandes vacances. Il l’a tient. Il tient aussi sa fille. Sa fille c’est son retour sur investissement. Angot, pervers narcissique est capable de tenir cet autre, dont il se fou complètement, aussi longtemps que possible, pour obtenir ce qu’il a toujours voulu obtenir afin de ne pas sombrer dans la folie. Pour ne pas sombrer, il se venge. Il se venge sur ce qu’il exècre: la judaïcité ( Rachel et sa fille sont juives) et l’inceste c’est aussi une façon d’infliger une seconde humiliation à Rachel.

Comment en est-t’on arrivé là? C’est ça la question d’une fille à sa mère. Comment en est-t’on arrivé là après des années de complicité, puis de désamour, de brouilles, de silence, d’absence?

Pourquoi la mère ne s’est aperçue de rien?

Parce que tout était écrit d’avance?

Parce que la société était complice?

Oui mais voila, Pierre Angot à été mis en échec par sa fille Christine. Christine dénonce et dénoncera dans toute son oeuvre, le crime psychologique de son père.

Dans Un amour impossible le sujet n’est pas l’inceste (la description de l’inceste est dans “Une semaine de vacances” un livre qui est loin d’être un livre sur le désir)

Les dernières pages d’Un amour impossible sont consolantes parce que malgré tout, entre la mère et la fille, il y a eu de beaux moments quand même. J’aime la mère de Christine Angot, j’aime son courage, et plus encore j’ai aimé lire, que pour elle, cet homme était ENFIN tombé en désuétude, bien avant qu’il ne meurt.

Un amour impossible, éd. Flammarion.

Là ou le soleil n’existe presque pas.

L EXCEPTION

Une voisine, naine, psy et écrivain de roman policier c’est que ça aide beaucoup dans une existence, surtout si on se fait larguer un 31 décembre par son mari qui révèle, enfin, qu’il a toujours été homosexuel.

Si la naine n’avait pas existé dans ce roman, je ne me serais pas accrochée.

La naine qui vit son drame de naine, va permettre à une jeune femme, maman de jumeaux en bas âge, de l’aider à décortiquer son passé afin de lui faire comprendre noir sur blanc, que la vie avec son imposteur de mari, n’était que le brouillon de son existence.

Celle ou celui qui n’a jamais vécu de rupture à soit de la chance ou vit comme une ou un lâche.

Mais celle ou celui quia dû faire des efforts pour surmonter la perte et l’absence est toujours gagnant.

Parce qu’il y a reconstruction.

La reconstruction, c’est ça le vrai sujet du roman d’Auður Ava Ólafsdóttir.
Dans L’Exception, le chagrin, la solitude, les doutes sont paisibles et se vivent dans un pays (en Islande) ou le soleil n’existe presque pas.

 

Le juif est-il susceptible?

benny barbash
Un livre que j’ai lu sur une plage déserte.
Rien que le bruit des vagues et des drisses qui claquent contre les mâts.
Et quelques éclats de rire.
Les miens.

En lisant Little Big Bang, j’ai eu envie de prendre un aller simple pour Tel Aviv. Pas pour évaluer mon hébreu (il ne m’en reste presque rien, je crois)  mais pour vivre en live les tensions et les contradictions d’une famille israélienne.

Une famille ou chacun a son mot à dire et ou chacun pense avoir raison.

Little Big Bang c’est vachement drôle. Le narrateur c’est un enfant de 13 ans dont le père qui se trouve trop gros, teste tous les régimes possibles et imaginables, genre, comment perdre un kilo par heure? Jusqu’au régime à base d’olives.

“même lorsque les médecins ignorent l’origine d’une maladie ou comment la soigner, ils s’entêtent à essayer sur le malade une panoplie de soins, selon la théorie qui veut que si l’on tire tous azimuts en pleine nuit, il se trouvera toujours une balle pour faire mouche”

Le régime à base d’olives va se révéler bien plus perfide que le régime à base de rien.

Je crois que j’ai souffert avec le père. J’ai souffert mais je me suis bien amusée. La fin du roman ce n’est pas une fin, un peu comme dans le conflit israélo-palestinien.

La fin du conflit israélo-palestinien on ne le verra jamais.

Il y aura toujours un palestinien pour rejeter la faute sur un juif.

Il y aura toujours un juif pour rejeter la faute sur un palestinien.

Il y aura toujours un juif tiraillé par le passé pour rejeter la faute sur un juif tiraillé par le présent.

Il y aura toujours un juif tiraillé par le présent pour rejeter la faute sur un juif tiraillé par le passé.

Il y aura toujours un goy pour rejeter la faute sur un juif.

Il y aura toujours un juif pour rejeter la faute sur un goy.

Il y aura toujours…