Un amour impossible.

Retouchée avec Lumia Selfie

J’ai lu le dernier Angot, le jour de Noël. Je l’ai lu d’une traite. Si je lis un roman par petits bouts c’est que le livre n’est décidément pas pour moi.

Il était quatre heures du matin lorsque j’ai refermé Un amour impossible.

Un amour impossible c’est l’histoire d’un amour impossible entre une femme et un homme mais je ne l’ai pas lu comme ça. J’ai lu Un amour impossible comme la déclaration d’amour d’une fille à sa mère.

Les années 50/60 une époque ou il n’y a rien de pire pour une jeune femme que d’être délaissée par un homme qui vous a fait un bébé. Fille-mère, dans ces années là, c’est pire que d’avoir une jambe de bois. On peut caser une fille avec une jambe de bois. Une fille avec le gosse d’un autre c’est plus difficile, ça suppose un vilain marché. Mais il lui avait bien dit “Si tu avais été riche, j’aurais sûrement réfléchi… Je ne t’épouserai pas, je te l’ai toujours dit. Et on était d’accord pour faire cet enfant”

Pierre Angot permet à Rachel Schwartz d’accéder à tout ce qu’il a de privé: son corps. Parce qu’il en tire d’énormes avantages. Mais il ne permet pas à Rachel d’accéder à sa sphère sociale. Il cloisonne, il nie et dénie.

Rachel Schwartz est belle. Elle travaille à la Sécurité Sociale mais elle perd son temps avec cet homme médiocre physiquement. Médiocre dans l’âme. Ce fils de famille qui aime la reprendre sur son langage pour bien lui faire sentir qu’entre elle et lui, un monde les sépare. Il veut lui faire croire qu’il sait mieux qu’elle.

Ah, si cette femme avait eu confiance en elle! Comme les choses auraient évolué différemment.

1959 naissance de Christine Angot dans une famille simple. Dans une famille qui sait aimer. Dans une famille sans père.

Pierre Angot épouse une allemande. Une allemande issue d’une famille fortunée. Il lui faut des proies. Une proie = une impasse. Deux proies = Un dilemme. Alors il n’en restera pas là.

Rachel est férée mais pas pour toujours parce qu’elle a mis au monde une petite fille intelligente. Elle vend sa petite maison pour aller vivre dans une tour de la ZUP. Une tour entre les courants d’air. Il faut construire une vie. Une vie avec une gamine qui travaille bien à l’école. Rachel est courageuse et elle parvient même à se faire une bonne situation.Mais Pierre Angot est toujours plus ou moins dans sa vie. Il ne lâche rien. Il propose (quand il peut et surtout quand il veut) de tendres retrouvailles  le week-end ou pendant les grandes vacances. Il l’a tient. Il tient aussi sa fille. Sa fille c’est son retour sur investissement. Angot, pervers narcissique est capable de tenir cet autre, dont il se fou complètement, aussi longtemps que possible, pour obtenir ce qu’il a toujours voulu obtenir afin de ne pas sombrer dans la folie. Pour ne pas sombrer, il se venge. Il se venge sur ce qu’il exècre: la judaïcité ( Rachel et sa fille sont juives) et l’inceste c’est aussi une façon d’infliger une seconde humiliation à Rachel.

Comment en est-t’on arrivé là? C’est ça la question d’une fille à sa mère. Comment en est-t’on arrivé là après des années de complicité, puis de désamour, de brouilles, de silence, d’absence?

Pourquoi la mère ne s’est aperçue de rien?

Parce que tout était écrit d’avance?

Parce que la société était complice?

Oui mais voila, Pierre Angot à été mis en échec par sa fille Christine. Christine dénonce et dénoncera dans toute son oeuvre, le crime psychologique de son père.

Dans Un amour impossible le sujet n’est pas l’inceste (la description de l’inceste est dans “Une semaine de vacances” un livre qui est loin d’être un livre sur le désir)

Les dernières pages d’Un amour impossible sont consolantes parce que malgré tout, entre la mère et la fille, il y a eu de beaux moments quand même. J’aime la mère de Christine Angot, j’aime son courage, et plus encore j’ai aimé lire, que pour elle, cet homme était ENFIN tombé en désuétude, bien avant qu’il ne meurt.

Un amour impossible, éd. Flammarion.

Là ou le soleil n’existe presque pas.

L EXCEPTION

Une voisine, naine, psy et écrivain de roman policier c’est que ça aide beaucoup dans une existence, surtout si on se fait larguer un 31 décembre par son mari qui révèle, enfin, qu’il a toujours été homosexuel.

Si la naine n’avait pas existé dans ce roman, je ne me serais pas accrochée.

La naine qui vit son drame de naine, va permettre à une jeune femme, maman de jumeaux en bas âge, de l’aider à décortiquer son passé afin de lui faire comprendre noir sur blanc, que la vie avec son imposteur de mari, n’était que le brouillon de son existence.

Celle ou celui qui n’a jamais vécu de rupture à soit de la chance ou vit comme une ou un lâche.

Mais celle ou celui quia dû faire des efforts pour surmonter la perte et l’absence est toujours gagnant.

Parce qu’il y a reconstruction.

La reconstruction, c’est ça le vrai sujet du roman d’Auður Ava Ólafsdóttir.
Dans L’Exception, le chagrin, la solitude, les doutes sont paisibles et se vivent dans un pays (en Islande) ou le soleil n’existe presque pas.

 

Le juif est-il susceptible?

benny barbash
Un livre que j’ai lu sur une plage déserte.
Rien que le bruit des vagues et des drisses qui claquent contre les mâts.
Et quelques éclats de rire.
Les miens.

En lisant Little Big Bang, j’ai eu envie de prendre un aller simple pour Tel Aviv. Pas pour évaluer mon hébreu (il ne m’en reste presque rien, je crois)  mais pour vivre en live les tensions et les contradictions d’une famille israélienne.

Une famille ou chacun a son mot à dire et ou chacun pense avoir raison.

Little Big Bang c’est vachement drôle. Le narrateur c’est un enfant de 13 ans dont le père qui se trouve trop gros, teste tous les régimes possibles et imaginables, genre, comment perdre un kilo par heure? Jusqu’au régime à base d’olives.

“même lorsque les médecins ignorent l’origine d’une maladie ou comment la soigner, ils s’entêtent à essayer sur le malade une panoplie de soins, selon la théorie qui veut que si l’on tire tous azimuts en pleine nuit, il se trouvera toujours une balle pour faire mouche”

Le régime à base d’olives va se révéler bien plus perfide que le régime à base de rien.

Je crois que j’ai souffert avec le père. J’ai souffert mais je me suis bien amusée. La fin du roman ce n’est pas une fin, un peu comme dans le conflit israélo-palestinien.

La fin du conflit israélo-palestinien on ne le verra jamais.

Il y aura toujours un palestinien pour rejeter la faute sur un juif.

Il y aura toujours un juif pour rejeter la faute sur un palestinien.

Il y aura toujours un juif tiraillé par le passé pour rejeter la faute sur un juif tiraillé par le présent.

Il y aura toujours un juif tiraillé par le présent pour rejeter la faute sur un juif tiraillé par le passé.

Il y aura toujours un goy pour rejeter la faute sur un juif.

Il y aura toujours un juif pour rejeter la faute sur un goy.

Il y aura toujours…

Attention chien attachant!

Chien Benchetrit

Alors si vous êtes comme moi, si n’aimez pas vous agiter pour presque rien ou rien ou presque, suivez mon conseil: prenez soin de vous, enveloppez-vous dans un plaid doux et soyeux et plongez le nez dans un bon livre.

Que je vous dise… J’ai choisi de lire Benchetrit parce qu’au départ j’ai aimé la couverture de son dernier roman: Chien.

On vit dans un époque marketing oui ou non? Donc la couverture est aussi essentielle que son contenu pour celle ou celui qui choisi un ouvrage sur les rayons d’une librairie, d’une médiathèque ou sur les pages d’un site de vente en ligne.

Il paraît que les couples qui ne s’entendent pas tiennent surtout pour des raisons économiques, genre, le loyer et les charges sont divisées par deux.

C’est souvent ça un couple.

Au moins dans Chien l’un des deux dit à l’autre de dégager.

Chien, c’est comme ça que ça commence.

Ensuite tout ce qui ne tenait que par mauvaise habitude va s’effondrer comme une pile de rouleaux de papier Q sur une base instable.

Si c’est triste?

Pas forcément.

J’ai souvent rit aux éclats, parce que même si le narrateur fait un constat désolant sur son passé et son présent, ses réflexions ne manquent pas d’humour.

Quant à son futur?

Alors là je dois dire que je ne m’y attendais pas. Benchetrit a dû beaucoup s’amuser lorsqu’il a construit son roman, même qu’il a dû se dire “le lecteur devra aussi y mettre un peu du sien, je n’ai pas à faire tout le boulot”

Pourquoi lire Chien de Benchetrit?

Si vous avez l’intention d’adopter un chien, un chat, un serpent… il est bon de lire ce roman. D’ailleurs à la SPA ils devraient faire lire Chien et ensuite exiger un compte rendu du roman avant de confier un animal à qui que ce soit.

Si vous avez envie de faire de belles rencontres avec de belles âmes, belles âmes que vous ne rencontrerez jamais dans la vraie vie, alors lisez Chien. Jacques Blanchot, Jack, Paco et Dina sont terriblement attachants.

Défonce.

jim carroll catholic boyJim Caroll.

Qui a dit “Qu’importe le sujet d’un roman pourvu qu’il y ait le style?”

Beigbeder je crois.

Je suis tout à fait d’accord.

Ma révélation de la semaine passée fût le roman de Jim Carroll, “Basketball Diaries”

Jack Kerouac a dit “A treize ans, Jim Carroll écrit une prose plus intéressante que 98% des romanciers contemporains.”

Pas faux.

La trame du roman c’est un peu près ce tempo: basket/ sniff de colle et détergent/conneries avec les potes/ fumette/basket/conneries avec les copains/drogue dure/fumette,/basket/ conneries avec les copains/drogue dure/basket/ drogue dure/conneries avec les copains/défonce/prostitution/conneries avec les copains/défonce/basket/défonce/prostitution/ défonce/ prostitution/basket/défonce/délinquance/défonce/prostitution/défonce/prostitution/délinquance/prostitution/ défonce/défonce/défonce/ prostitution/délinquance/ défonce/souffrance/défonce/souffrance/défonce.

Le roman est le roman autobiographique de Jim Carroll entre ses 13- 16 ans. Très exactement du l’automne 63 à l’été 65. 13 ans c’est à peine sorti de l’enfance non?

Dans le roman l’ado découvre une dure réalité:  Enseignants pédophiles et entraineurs qui ne le sont pas moins.

La triche lors des matchs lui révèle que dans la vie les dés sont souvent pipés.

Attouchements, propositions dégueulasses, viols…  Quoi? des pères de famille, avec des situations professionnelles honorables et qui juste avant le boulot se font sucer la queue par des pauvres types qui font le tapin dans les pissotières crasseuses de la gare.

L’objectif de Jim Carroll lorsqu’il a 13 ans c’est d’atteindre la pureté qui n’est pas de ce monde.

Sa trajectoire n’est pas la bonne. Il emprunte celle de la défonce pour atteindre cette pureté qui sera toujours hors d’atteinte.

Mon Dieu ce que j’ai détesté New York en lisant Basketball Diaries.

J’ai aussi beaucoup ri, parce que le style est là pour nous rappeler que nous aussi nous nous croyions indestructible à 13 ans. Mais pas autant quand même.

Si je me suis accrochée à ce roman qui, il faut bien le dire n’est pas aussi paisible que les pages Culture de Madame Figaro c’est parce que j’ai adoré le style de Jim Carroll même si la narration dérape peu à peu dans le sordide, la crasse, la douleur et le morbide + force de propositions d’adultes pervers qui entraîne l’ado encore plus loin et plus vite dans la déchéance.

Extrait:

AUTOMNE 65

Je viens de m’apercevoir que les querelles incessantes entre mon père et moi ne sont ni de ma faute ni de la sienne. Dans mon esprit, il ne fait absolument aucun doute que la responsabilité en incombent essentiellement aux monceaux de conneries débitées par un assortiment de grandes gueulent qui défilent jour et nuit dans la taule ou il trime toute la journée à faire le barman…”les clients”, comme il dit “ceux qui assurent ta pitance!” malgré leurs boulots de travailleurs du bâtiment ou de flicards, leurs coupes au bol et leurs badges “Bombardez Hanoi!” ces caricatures d’Américains pur-sang sont encore plus commères que les tapettes les plus efféminées de Greenwich Avenue. Il sont constamment penchés sur le bar à murmurer en douce… “Eh, qu’est-ce qu’il a ton fils avec ses cheveux qui lui tombent sur les épaules, et ses fringues bizarres, je croyais que c’était une star du basket… ça ne serait pas un de ces pacifistes à la con, dès fois? Qu’est-ce qu’ils peuvent bien lui raconter dans cette école chicos qu’il fréquente? Hein? Hein?… Je veux dire, bon Dieu, tu devrais avoir une petite conversation avec lui, hein? Tu sais? Je veux dire, merde…” Le genre de connards que je vois très bien refiler du pognon à leurs femmes pour qu’elles sortent le dimanche, histoire de se revêtir de sous-vêtements féminins, de mettre le match à la télé et se mater dans des miroirs grandeur nature travestis comme ça, pendant que des hommes d’âge adulte marquent des essais à la télé, pour pouvoir se mettre une main au cul, après devant tout le monde. Pour moi, tout ça ne fait pas le moindre doute.

Basketball Diaries