Romans addictifs.

Elena Ferrante

Cet été j’ai un point commun avec Alain Juppé celui d’avoir mis dans ma liste des lectures de l’été : L’amie prodigieuse et la suite de ce roman L’autre nom d’Elena Ferrante. Lectures conseillées par une lectrice assidue de Lavieenrouge.

Pourtant au début, je ne pensais pas poursuivre L’amie prodigieuse, parce que tous ces prénoms italiens c’était un peu l’embrouille : Antonio, Stéphano, Lila, Lina, Lénù, Fernando, Marcello, Donato, Nino, Alfonso, Enzo, Rino, Nella, Carmen, Ada, Marisa, Michele, Nadia, Melina, Pasquale, Pietro, Gigliola, Pinuccia et les autres.

J’ai relu les deux tomes, soit 1008 pages x 2 en quelques jours. Il paraît que les romans d’Elena Ferrante sont addictifs.

Je confirme.

L'amie-prodigieuse

Le thème ? pas seulement l’amitié. Cette amitié persistante n’existerait pas sans la douance et les affres de celle-ci, la douance sur fond de misère napolitaine aux alentours des années 50/60, à l’époque ou il semble que la violence faite aux femmes soit la norme. Brimées, violées, engrossées, aliénées, jalouses et jalousées, cocufiées, illettrées, les femmes n’ont qu’un destin, celui de s’étioler dans la fange.

Sauf si …

J’attends avec impatience de pouvoir lire le tome 3 et le tome 4 mais les deux derniers romans n’ont pas encore été traduits en français. En attendant, je vous conseille D’acier de Silvia Avallone, un univers assez proche de celui d’Elena Ferrante.

Personne ne connaît l’identité d’Elena Ferrante sauf son éditeur italien. Personne ne sait pourquoi elle a préféré rester très discrète depuis la parution de son premier roman. Elle a raison. Parce que ce qui devrait compter avant tout pour un auteur, ce n’est pas la reconnaissance de n’importe qui, ce sont les lecteurs et les lectrices et, mamma mia ! des lecteurs, elle en a plein dans le monde entier.

Ce qu’elles écrivent…

 

enveloppe

Depuis La vocation de Sophie Fontanel, j’ai lu quatre romans. Soit quatre romans en une semaine ( Bien plus à vrai dire) Depuis que j’ai posé un peu les pinceaux ( quoique) j’ai du temps.

Un journaliste a dit du dernier roman d’Isabelle Monnin Les gens dans l’enveloppe que c’était un chef d’oeuvre de la littérature. Je crois que c’est Yann Moix. Si vous suivez l’actualité, vous n’avez pas pu passer à côté de la promotion faite autour de ce livre lors de la rentrée littéraire de 2015 et si ça vous dit de lire ce roman, ne lisez rien d’autre que mon article! Parce que Les gens dans l’enveloppe c’est un roman en trois parties: Un roman construit à partir des photos que l’auteure a acheté dans une brocante pour même pas 10 €, l’enquête sur les gens qui sont sur ces photos et un CD.

Le CD je ne l’ai pas écouté, parce que je n’aime pas la chanson française.

L’imagination d’Isabelle Monnin, archéologue des seventies, est-il si éloignée de l’enquête?

Tout ce que je peux vous dire c’est que c’est passionnant et plus que ça.

Les gens dans l’enveloppe, c’est un peu nous. Nous, esquintés par notre histoire familiale, histoire que nous ne connaissons même pas. Esquintés, par ceux qui ne nous aiment pas tant que ça.

J’ai récidivé avec Sophie Fontanel en lisant L’envie. Pourquoi faut-il toujours justifier de sa sexualité vis à vis d’abrutis( ies) qui pensent queue que… Parce qu’ils ont quelqu’un. Parce qu’ils sont ou ont été mariés, ou en couple. La plupart du temps, ils se font maltraiter sous nos yeux et pire ils se doivent fidélité! Ha! ha! ha!

Je me suis sentie très concernée par ce témoignage. Si Sophie Fontanel aime les beaux habits, elle écrit aussi avec une belle élégance.

 

L’accabadora. Au fait vous savez ce que c’est qu’une accabadora? c’est une personne vêtue de noir et qui frôle les murs des villages sardes, la nuit survenue, pour se rendre au chevet de celui qui n’en peut plus. C’est aussi une belle histoire sur la filiation mère/fille surtout lorsque la mère et la fille ne le sont pas. Un beau roman de Michela Murgia.

 

Vieille France cest encore un roman écrit par une femme. Décidément. Un roman que j’ai lu pendant un après midi pluvieux. Hélène Millerand a une belle plume et ça fait du bien surtout à l’ère des réseaux sociaux. C’était ça la vie de domestique juste avant le seconde guerre mondiale? J’ai dû relire plusieurs fois quelques passages, parce que je n’y croyais pas. Bénédicte est issue de la petite noblesse versaillaise et elle a commis une faute même si ce n’est pas de sa faute. Mise à la porte par sa mère, elle  se place comme gouvernante. Déclassée, Catholique, antisémite, fille-mère, elle va affronter les évènements en prenant soin, non pas des siens qui ne l’aiment pas, mais des autres qui ont besoin d’elle. Elle pense avoir barré le cours de son existence. C’est faux, en fait.

Bonne lecture! et si vous avez des suggestions, n’hésitez pas!

 

 

 

L’histoire 80% laine 20% acrylique.

Schiaparelli - Pull Trompe l'oeil 'Cravate' -

Pull Elsa Schiaparelli. Années 20.

Je ne savais pas si j’allais passer un bon moment avec le dernier roman de Sophie Fontanel “La Vocation” Je me suis dit que je ne risquais rien, un peu comme lorsque l’on entre en cabine, pour essayer un jean dont on en a pas besoin.

Ce roman, je l’ai lu d’une traite.

Si je ne lis pas un roman d’une traite, c’est que ça n’est pas pour moi (le sujet ou le style ou les deux à la fois) La lecture ce n’est pas une séance de renforcement musculaire, ça ne doit pas passer en force. Donc, je ne fais aucun effort de lecture, et pourtant je lis beaucoup. Sur dix livres qui passent entre mes mains, j’en dévore un.

C’est en lisant “La vocation”que j’ai appris qu’Elsa Schiaparelli avait créé, dans les années 20, le premier pull over tricoté main avec un motif en trompe l’œil. Pull over qui a eu un succès immédiat via sa boutique Pour le sport, rue de la paix à Paris. Nos grand-mères qui tricotaient pour nous, des pulls avec des motifs en trompe l’oeil ( oiseau, bateau, ancre de marine…) tricotaient du Schiap et on ne le savait pas.

En fait ma grand-mère ne tricotait pas.

Le roman raconte l’intégration des grands-parents de Sophie Fontanel par les beaux habits. Sa grand-mère arménienne avait une passion pour la mode et notamment pour le magazine Vogue. A Paris, dans les années 20, elle est dentellière à domicile comme beaucoup de femmes de sa communauté. C’est en scrutant les élégantes qui se promenaient sur le boulevard Montparnasse qu’elle cherche à avoir de la distinction en copiant leurs vêtements.

Dans “La vocation” Sophie Fontanel raconte aussi son ascension sociale qui culmine avec sa nomination au poste de directrice de la mode pour le journal Elle. Fonction qui ne lui correspond pas, même si depuis qu’elle est petite, elle voue un amour inconditionnel au style, aux beaux habits, comme sa grand-mère et sa tante Anahide. La vulgarité qui règne pendant la fashion week, les DA qui se comportent comme des morues, les directeurs financiers arrogants, tout ça ne l’intéresse pas.

Pour elle, une star, ne peut pas avoir de style puisque ses vêtements ne sont pas les siens. Les maisons de couture donne ou prête leurs créations. Dans les magazines, les actrices ne posent pas avec leurs vêtements ou alors c’est très rare. Il y a toujours un partenariat entre la personnalité, la marque et le magazine. Souvent on créé un style avant que la personne soit reconnue pour son talent. Comme pour une candidate de la Nouvelle Star. C’était d’ailleurs tout l’intérêt de l’émission Star Academy, outre l’élimination. Est-ce que la candidate allait conserver sa frange?  Est-ce que ce soir elle serait encore blonde? Est-ce qu’elle va porter un Perfecto ou une robe rouge un peu pupute? et tout ça mis en scène par un staff qui roule plus ou moins à la coke. On sait que la personnalité de l’apprentie star est fake et qu’elle ne sera jamais star. On fait semblant d’y croire le temps d’une soirée, et puis on s’en fou.

Comme on s’en fou des actrices.

J’ai passé un bel après midi en compagnie de Sophie Fontanel mais ça aurait pu se dérouler tout autrement. J’aurais pu lire, comme je le fais souvent, les dernières pages avant de lire le début du roman. Oui j’aurais pu lire les notes de l’auteur qui font suite à la 315 ème page “…Et ce n’est pas Méliné (la grand-mère de Sophie) qui a tricoté les pulls Sciaparelli mais une autre arménienne à Paris: Aroosiag Mikaelian, surnommée Mike. Elle en tricota d’abord un seul, à la demande d’Elsa Sciaparelli, puis une commande de quarante autres pulls suivit. Ainsi le livre entier, héros et anecdotes, est-il écrit à partir de faits réels mais dans une totale liberté romanesque

Oui mais moi j’ai cru que c’était Méliné qui avait vraiment participé à l’aventure d’Elsa Schiaparelli!  Sur la première de couverture d’un livre, il est écrit roman, même si la majorité des faits sont réels. Quant pourra t’on lire “auto fiction” et non pas “roman” quand c’est le cas?

J’ai été déçue, et du coup, le roman de Sophie Fontanel m’a fait cet effet, vous savez, comme lorsque l’on achète un pull sans regarder l’étiquette et que le soir en rentrant à la maison on découvre que le petit pull de laine n’est pas 100% laine, mais à 80% seulement.

Elsa Schiaparelli trompe l'oeil sweaters!

Pull Elsa Schiaparelli. Années 30.