Narcissisme, arrivisme et ascension sociale.

 

Gustave Caillebotte.

En ce moment je relis pour la cinquième fois, “Bel ami” de Guy de Maupassant. Mais c’est la première fois que je lis ce roman en anglais.

C’est d’ailleurs la première fois que je lis un roman en anglais. Je vous conseille la traduction sur gutenberg.org puisque certaines traductions sont si simplifiées qu’elles dénaturent le roman.

Ah ! Bel-Ami ou l’ascension sociale spectaculaire d’un narcissique. Jamais un roman n’aura collé aussi parfaitement à l’actualité. Dans ma circonscription celles et ceux qui souhaitaient être représentés par une nouvelle personnalité, non carriériste, désintéressée, jeune, méritante et loyale sont invités à plonger leurs doigts dans le pot de vaseline.

Et profond !

Les militants et les électeurs sont considérés comme des naïfs, des intéressés ou les deux à la fois et bien souvent ils le sont vraiment. Ils sont méprisés pas les élites, plus particulièrement par les chèvres opportunistes qui elles ne s’avouent jamais vaincues. Souvent les chèvres opportunistes prennent des forces en bouffant des ronces sur des pâturages appartenant à des loges franc-maçonniques.

Georges Duroy est issu d’une condition modeste mais il fait partie du mauvais troupeau. Pour se sortir de sa condition et combler sa faille narcissique il va charmer tout le monde (il pourrait charmer un cafard si celui-ci pouvait lui rendre service) L’homme sait qu’il ne vaut pas grand-chose, aussi, il est sans scrupule. C’est un cambrioleur d’héritage, un arriviste, quelqu’un de cupide, de fourbe, de cynique, d’intrigant, de malsain et de particulièrement cruel.

Il séduit les hommes.

Il séduit les femmes.

Des femmes qui ne sont pas capables de discerner qu’elles ne sont que des pions dans sa stratégie. Pas capables à cause de la puissance de leur sensiblerie. Ce sont-elles qui vont le protéger et lui faire rencontrer les appuis nécessaires pour lui permettre de gravir les échelons de l’échelle sociale. Il ne lui reste plus qu’à embrouiller le monde des journalistes, des politiques, et de la finance.

On peut lire gratuitement Bel ami sur internet (format PDF ou pas)

 

Le tome 3 d’Elena Ferrante.

Mon meilleur moment de l’été 2016 c’était la lecture des deux tomes d’Elena Ferrante, L’amie Prodigieuse et Le nouveau nom. Deux romans qui m’avaient été recommandés par une fidèle lectrice.

Est-ce que j’ai été déçue par le tome 3 ?

Pas du tout ! L’écriture est toujours aussi intense, l’atmosphère est toujours aussi violente. Nous sommes à la fin des années 60, un malentendu s’instaure entre les revendications des étudiants, des universitaires, des intellectuels et celles des ouvriers qui bossent dans l’agroalimentaire.

Sans dévoiler l’histoire parce que ça serait vraiment dégueulasse, L’amie prodigieuse 1, 2 et 3 c’est : comment s’en sortir lorsque l’on est de sexe féminin et que l’on est née dans la fange? Et comment étudier lorsque l’on est douée et surdouée et que la famille vous met des bâtons dans les roues ?

La réflexion que suscite la suite de L’amie prodigieuse c’est qu’une femme, pauvre ou pas, doit toujours combattre l’autorité de son père, de ses oncles, de ses frères, de beaux-frères, de ses profs, de son chef, de son employeur, de son mari et de ses fils.

Bienheureuse, celle qui n’a pas ou plus de père, d’oncles, de frères, de beaux-frères, de profs, de chefs, d’employeurs, de voisins, de faux amis, de mari et de fils.

Bienheureuse, celle qui n’a pas ou plus de mère, de tantes, de sœurs, de belle-mère, de belles-sœurs, de collègues, de voisines, de chefs, d’employeurs, de fausses amies et de filles.

Le tome 3 c’est toujours encore et encore le pouvoir des hommes sur les femmes notamment au moyen de la violence physique, de la violence psychologique et de la violence sexuelle. C’est aussi les rivalités et la jalousie entre les femmes, l’incompréhension, le ressentiment envers le milieu auquel on n’appartient pas et la honte de ne pas avoir les codes et les facilités de ce milieu-là.

C’est tout ça qui mine les deux héroïnes de L’amie prodigieuse.

En 2017 et pour beaucoup de femmes RIEN n’a changé ! et ce n’est pas une élection qui va changer quoique ce soit. Par exemple, l’égalité des salaires entre les femmes et les hommes, ça ne sera pas pour demain. La place de la femme dans la société c’est une place imaginée par l’homme ! Il serait temps que la femme réinvente SA place. Beaucoup de femmes en 2017, ont une vie en tout point identique à celle d’Elena, de Lina/Lila, de Gigliola, de Pinuccia, Sylvia…

Inutile que je vous dise que j’attends avec impatience de lire le tome 4  pour savoir si Lina/Lila et Élena parviennent à se faire LA place qu’elles méritent.

Dans le tome 3, Elena découvre l’auteur Carla Lonzi, une féministe italienne.


Dans cet ouvrage écrit pendant l’été 1970, Carla Lonzi revient sur les oppressions subies par les femmes à cause de leur sexe, notamment à travers le marxisme et les écrits d’Hegel. Elle explique que l’élément discriminatoire est le facteur sexuel et n
on pas le niveau social, et que la différence entre les hommes et les femmes ne peut être ignorée.

 

Mademoiselle Capacités différentes.

Zola disait à propos de L’ Assommoir « J’ai voulu peindre la déchéance fatale d’une famille ouvrière, dans le milieu empesté de nos faubourgs. Au bout de l’ivrognerie et de la fainéantise, il y a le relâchement des liens de la famille, les ordures de la promiscuité, l’oubli progressif des sentiments honnêtes, puis comme dénouement, la honte et la mort. C’est de la morale en action, simplement. »

Je ne dénigre pas le travail de Zola, c’est un grand écrivain, mais ce n’est pas forcément ce que l’on veut lire au début du XXI ème siècle. En tous les cas, ce n’est pas ce que j’ai envie de lire. J’ai besoin de lire des romans avec des messages positifs.

“Moi” c’est encore un roman que j’ai choisi pour sa couverture. C’est ma troisième bonne pioche de l’année.

Mademoiselle Capacités différentes à un quotient intellectuel très bas, un quotient intellectuel calculé à partir des compétences basées sur la rationalité. Mais Karen possède des compétences inaccessibles pour les humains dressés pour vivre dans le monde des humains. Mademoiselle Capacités différentes (Karen) est autiste et s’insurge souvent contre Descartes “Descartes a écrit que le bonheur est une question de sens. Voir, entendre, toucher, sentir, goûter : voilà le bonheur. Ensuite Descartes a écrit beaucoup d’autres feuillets, pleins de mots ce qui est bien dommage, car il avait atteint la vérité à la page 25″

‘”Le bonheur le plus simple et le plus heureux est de laisser agir les sens.”

Grâce à ses capacités différentes, et à la bienveillance de sa tante, Karen va se retrouver à la tête d’une conserverie de thons, conserverie située au Mexique. Après un passage à l’université, elle va réfléchir pendant des années pour mettre en place un nouveau système économique afin de cesser de s’enrichir par le biais de la souffrance animale générée par son activité.

Le roman de Sabina Berman est une vision positive sur la différence. La narratrice est terriblement attachante. Tout lui réussi finalement parce qu’elle agit à SA façon. Pour s’extraire momentanément du monde, il ne lui vient pas à l’idée de faire quelques postures de yoga, comme nous, les neuro typiques. Elle sort sa perceuse, ses vis, elle installe un dispositif sur le plafond afin d’y suspendre son harnais. Accrochée au plafond elle peut se reposer quelques heures, absente à tout ce qui l’entoure.

J’ai lu ce roman MAGNIFIQUE, d’une traite en écoutant Trent Reznor & Atticus Ross “Before The Flood.”

Mes lectures en 2017 et mes articles :